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vendredi 14 juillet 2017

La maison des épreuves

Jason Hrivnak
Editions de l'Ogre
EAN : 9791093606538

sorti le 5 janvier 2017
144 pages



"Le test commençait avec les deux amoureux assis face à face, par terre, chacun armé d'un couteau et chacun relié par intraveineuse à une réserve illimitée de sang d'un groupe sanguin spécifique. A un signal, chacun devait trancher la carotide de l'autre. L'idée du test consistait à se regarder dans les yeux le plus longtemps possible. La réserve de sang devait leur permettre en théorie de perdre leur sang indéfiniment,mais à l'instant où l'un d'eux cessait de regarder l'autre,la transfusion s'arrêtait et les deux sujets mouraient. Je précisais que par la suite un obélisque en pierre rouge devrait être dressé à l'endroit où avait eu lieu l'épreuve [...] Je prévoyais un monde jonché de ces étranges monuments rouges, offerts à l'admiration des êtres solitaires qui ignoraient l'amour, et comme autant d'insultes aux parents endeuillés."

Mon avis : Lorsque le narrateur apprend que Fiona, son unique amie d'enfance, avait gardé sur elle la page déchirée du test des amoureux quand elle s'est suicidée, il décide de terminer leur projet de Maison des épreuves. Ce délire de jeunesse lui semble être la solution, tardive, à la mort de Fiona ; si ils l'avaient fini plus tôt peut-être serait-elle toujours de ce monde. Un dernier acte d'amour, tout ce qu'il y a de plus morbide, pour prouver l'existence de la jeune femme dans sa vie.
Cette explication est donnée lors de la scène d'exposition, une trentaine de pages, avant que le style ne change radicalement. Les trois sections suivantes sont des tests, non sans rappeler ces livres dont vous êtes le héros à la différence près que quelque soit nos choix la lecture reste linéaire. Une situation amène à la suivante, peut importe ce que l'on ait décidé. Les tableaux s'enchaînent, oniriques et dérangeants. On retrouve un point de vue d'enfant, la beauté et la cruauté de la vie teintées d'une innocence morbide, mais écrit par un adulte hanté par ses souvenirs. Les personnages, Fiona et le narrateur, sont facilement reconnaissables dans les situations imaginées, où l'amour qu'ils ressentent à quelque chose de malsain tout en ayant une pureté idéalisée pour des êtres plongés dans leur propre univers. Et pourtant, aucun nom, aucune description ne prouvent leur existence au sein des ces pages et ces situations pourraient tout aussi bien nous arriver. D'ailleurs, le lecteur devient finalement le protagoniste de ces épreuves.
L'écriture de ce livre tout comme l'originalité de son sujet peuvent plaire ou déplaire. Je suis personnellement ressortie de ma lecture mitigée car très mal à l'aise, une chose est sûre c'est que ce n'est pas un ouvrage agréable à lire. Mais je ne pense pas que ce soit son but et juste pour la façon dont il nous fait regarder d'une nouvelle manière le monde qui nous entoure, l'expérience qu'il nous fait vivre, il mérite d'être connu et expérimenté.

Un labyrinthe cauchemardesque dont on ne peut ressortir indemne.




"Telle était l'économie de base du Terrain d'essai : la torture en échange d'un aperçu de ce que le cœur désirait. Nous concevions des épreuves dans lesquelles des garçons laids se faisaient aimer de jolies filles en se brisant les pieds avec un marteau."
La Maison des épreuves

vendredi 6 janvier 2017

Data Transport

Mathieu Brosseau
Editions de l'Ogre
EAN : 9791093606101

sorti le 6 mai 2015
langue française
145 pages

RésuméLe jour où un homme est repêché en pleine mer par un cargo, le Data Transport, ni lui ni personne ne connaît son identité, ni ce qui l'a mené ici. Amnésique et muet, son emploi dans un service de courriers non adressés lui permet de progressivement recouvrer la mémoire et le langage. Cette découverte de lui-même, de son histoire, celle d'un être confronté à la difficulté d'incarner à la fois son corps et son verbe, et condamné dès sa naissance à une mystérieuse seconde de retard, va le mener jusqu'à la source de ses crimes – réels ou illusoires – et de sa propre disparition.

Mon avis : Ce récit joue avec le temps, le mouvement, le langage. Sans début ni fin, le lecteur voyage entre passé et présent à travers des fragments incertains, se perd dans le temps jusqu'à la confusion, qui touche le texte dans sa totalité. L'indétermination est la clé de voûte de Data Transport ; on ne saura jamais si M. est fou ou non, si ses crimes sont réels ou non, si cette seconde d'arrêt lors de sa naissance lui donne vraiment un temps de retard ou non... Peut-être est-ce tout à la fois ? Ou n'est-ce aucun des deux ? On reste dans l'incertitude, c'est ce qui fait le charme de ce livre : on est en terrain inconnu. Il bouscule nos habitudes, se crée sa propre logique, irrationnelle mais toujours cohérente, et par là surprenante. Il n'y a ni point de départ ni point d'arrivée, l'intérêt est dans le voyage, dans cet « espace » entre deux opposés. De la même manière, le langage devient incertain, confus. Brosseau joue avec les mots, avec les styles, avec les troubles. D'une écriture résolument contemporaine, il lie poésie et narration, donne une aura étrange à ses phrases, ce qui nous plonge d'autant plus dans son univers troublant.

Ce livre est un ovni littéraire, il n'est pas facile mais relève de l'expérience, autant pour le lecteur que pour son auteur.



"Las, il décide de penser à autre chose, il y arrive fort bien en général car des morceaux de vide sans origine apparente reviennent naturellement en lui, doucement, ces morceaux viennent lui offrir de nouvelles naissances, de nouvelles consciences venues de rien."
Data Transport