samedi 8 octobre 2016

En route pour la gloire

Robert Heinlein
Folio SF
EAN : 9782070320547

sorti le 18 mai 2006
langue française
457 pages


Résumé : Je n'étais pas très chaud pour partir en colonie de vacances dans le Sud-Est asiatique, mais on ne m'avait pas donné le choix. Enfin, à mon retour, j'avais une belle cicatrice toute neuve sur la figure et un billet de Sweepstake gagnant dans la poche grâce auquel j'ai rencontré la plus belle sorcière des Vingt Univers. C'est là que mes ennuis ont commencé : je me suis retrouvé dans un monde parallèle, à pourchasser des rats gros comme des loups, des dragons cracheurs de feu (évidemment), et même un Ogre, tout en essayant d'échapper aux Fantômes à Longues Cornes et autres Écumeurs des Eaux Glacées. Sans compter Celui-Qui-N'a-Jamais-Vu-Le-Jour et Celui-Qui-Dévore-les-Âmes. Et tout ça pour récupérer un Oeuf de Phénix... 
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter votre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !

Mon avis : Comme le laisse deviner le résumé, l'histoire ce passe dans des lieux enchanteurs, et suit un scénario de fantasy classique empli de créatures fantastiques. Cependant Heinlein explique tous ces codes grâce à la science, ce qui fait d'En route pour la Gloire un livre pour le moins original et intéressant.
Le récit est rapporté à travers les yeux du personnage principal, Oscar, l'écriture, assez ironique par moment, est très plaisante même si j'ai trouvé quelques passages un peu lourds. Malgré tout, j'ai eu du mal pendant la grande majorité du livre avec les deux personnages les plus importants, par leurs personnalités et leurs relations ; le fait qu'Oscar suive les ordres sans poser de questions (une image du militaire peut-être ? ), imagine des stratégies sans même savoir le "pourquoi" de sa quête m'a beaucoup dérangé. Il en va de même pour le personnage féminin, on voit Star par le regard d'Oscar, sexualisée au plus haut point et qui semble de plus en plus soumise tandis que l'on avance dans le récit. Ces éléments, ainsi que les premiers chapitres et la citation de début de livre, me font penser qu'en fait Heinlein est désabusé sur la société à laquelle il appartient et qu'il se sert de son livre pour en faire la critique, néanmoins sa vision de la France, pays qu'il a pourtant l'air d'apprécier, est remplie des clichés anti-français typique des États-Unis... Je dirais donc que ce livre m'a surtout troublée, que je l'ai parcouru sans jamais être sûre de vraiment comprendre ce que voulait transmettre l'auteur.
Toutefois, le concept m'ayant beaucoup attiré et la narration étant plutôt agréable, j'ai lu ce livre très vite. Et les derniers chapitres dans lesquels Oscar fait son introspection m'ont un peu réconciliée avec les personnages, le narrateur ayant grandi et, à l'aide de Rufo (un personnage que j'ai en somme bien aimé), ayant changé de point de vue sur ce qui l'entoure (la société comme ses proches).

En bref, un style agréable et un concept intéressant mais un manque de clarté et de légèreté dans les critiques.




"Les héros ne sont pas censés parler,c'est évident, puisque, chaque fois que j'ouvrais la bouche, on me fourrait quelque chose dedans."
En route pour la gloire

The Buried Giant

Kazuo Ishiguro
Faber&Faber
EAN : 9780571315079

sorti le 28 janvier 2016
langue anglaise
362 pages


Résumé : Axl et Beatrice vivent un amour constant qui a résisté aux années. Ils décident de faire un voyage pour rejoindre leur fils, parti depuis longtemps. De nombreux obstacles se dressent sur leur chemin, parfois étranges, parfois terrifiants, et mettent leur amour à l'épreuve. Leur parcours est une métaphore de nos vies à tous.

Mon avis : The Buried Giant fait partie de ces livres envoûtants, qu'on est incapable de fermer une fois qu'on l'a commencé et qui reste ancré dans nos têtes pendant longtemps. Par son univers poétique, empli de créatures merveilleuses, Kazuo Ishiguro nous fait réfléchir ; doit-on sortir de cette brume qui nous vole nos souvenirs ? Ce qu'on risque de découvrir de notre passé ne serait-il pas trop lourd à supporter ? Et en plus des métaphores, cette épaisse brume, présente tout au long du livre permet de donner une atmosphère à la fois pesante et confuse, qui se marie très bien avec l'Angleterre de légendes du temps arthurien.
Le parcours de notre vieux couple les mènera à se redécouvrir eux-même ainsi qu'à apprendre grâce à leurs rencontres des thèmes bien humains ; la confiance et la haine, la vengeance et la justice... Bien que je ne sois pas une grande amoureuse de romance, leur histoire m'a touchée par la tendresse débordante que l'on ressent entre eux.

En bref, poétique, envoûtant, "The Buried Giant" est un texte marquant, débordant de sensualité, de respect, de pudeur, le tout dans un univers de légendes inoubliable.





"Promise to keep what you feel for me this moment always in your heart, no matter what you see once the mist's gone."
The Buried Giant

dimanche 2 octobre 2016

Le Citron

Kajii Motojirô
Editions Philippe Picquier
EAN : 9782809709940

sorti le 7 mars 2014
langue française
125 pages


COUP DE CŒUR !

Résumé : "Pour tout dire, j'aime les citrons. J'aime leur couleur pure, comme celle de la peinture." Il y a une connivence immédiate entre Kajii et les choses. Regarder est pour lui "la seule manière vivante de vivre". Caresses, Sous les cerisiers, Le Citron... : l'écriture est d'abord sensorielle et la notation des sensations les plus fines, des moindres scintillements des objets animés et contemplés, nous convie à de nouvelles correspondances, à un rêverie dispensatrice d'émotion et de réconfort. Savon, crayons, bruit d'eau dans la forêt, grenouilles ou citron, les traces minuscules de la vie quotidienne révèlent leur beauté, leur monde secret à celui qui, les regardant de façon désintéressée, les nomme pour elles-même.

Mon avis : Pour bien comprendre ce recueil de nouvelles qu'est Le Citron, il est indispensable d'avoir quelques informations sur son auteur. Kajii Motojirô est né en 1901 et est atteint de tuberculose en 1917, la maladie, dont il mourra en 1932, va influencer sa vision du monde et de la vie. Ces aspects se retrouvent dans son recueil.
Composé de huit nouvelles, de longueurs inégales, l'originalité de ce petit livre réside dans cette vision de la vie à laquelle il nous invite. D'une écriture poétique, très axée sur les sens, Kajii nous emporte dans les corps de malades, se débattant entre des périodes lugubres d'ennui et de dépression et des instants de bonheur inattendus. Le livre ne contient pas vraiment d'action, il met en avant les sentiments, les sensations, grâce à des objets du quotidien et un style splendide, qui me rappelle par moment celui de Baudelaire. Le lecteur se retrouve dans une atmosphère de bulle, les sens exacerbés, à ressentir toutes ces émotions provoquées par la maladie, avec une intensité et une poésie que seul Kajii Motojirô pouvait nous offrir. Une histoire de partage et d'émotions.

En bref, un livre à vivre plutôt qu'à lire.




"Sous les cerisiers sont enterrés des cadavres ! Il faut s'en persuader. Sinon, n'est-il pas incroyable que les cerisiers fleurissent si splendidement ?"
Le Citron

samedi 24 septembre 2016

Exercices de style

Raymond Queneau
Editions Gallimard

sorti en 1979
langue française
160 pages



Résumé : Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au long cou, coiffé d'un chapeau orné d'une tresse au lieu de ruban. Le jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus. Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes.


Mon avis : Un autobus bondé, un homme au physique et à l'accoutrement ridicule, une dispute puis une réapparition dûe au hasard... en somme, une histoire pour le moins banale. Cependant, Raymond Queneau nous prouve avec ce petit bijou littéraire qu'un scénario ne suffit pas à faire un bon livre. Grâce à ces nombreuses variations, je me suis rendue compte à quel point le style employé dans un texte compte ; il donne du sens, une certaine atmosphère, il va influencer nos impressions...
Co-fondateur de l'Oulipo, association qui réfléchit à la notion de "contrainte" et encourage ainsi la créativité, on retrouve dans cet essai de Raymond Queneau cet aspect, qui le rend assez étrange par moment. Certaines figures de styles sont exagérées, absurdes, d'autres rendent le texte illisible, le tout est un petit ouvrage curieux, marrant, que j'ai beaucoup apprécié et dont je ne me suis pas lassée ne serait-ce qu'une seconde (et pourtant, c'est bien la chose à craindre avec un essai de ce genre !) : de nombreuses figures de styles jouant sur les mots, déchiffrer ces textes m'a beaucoup amusée !

En bref, un énorme travail littéraire, des découvertes à chaque page, un livre audacieux et qui permet au lecteur de se rendre compte de toute la richesse de la langue française.

dimanche 18 septembre 2016

Les pêchers

Claire Castillon
Editions de l'Olivier
EAN : 9782823607901

sorti le 3 septembre 2015
langue française
208 pages


Résumé : Tamara est prisonnière. De son mari, Claude, qui veut faire d'elle une épouse modèle. D'Esther, la fille de Claude qui la surveille. Et de son amour perdu, à qui elle ne peut s'empêcher de rêver. La liberté lui fait peur, la captivité lui pèse. Elle ne peut ni rester ni partir.

Aimée, la mère d'Esther, semble parfaitement adaptée au monde tel qu'il va. Mais cette material girl cache une vraie fragilité. Et puis, il y a Esther... Adolescente, poète, espionne, innocente. Amoureuse. Son regard radiographie les adultes, ces gens étranges, incapables de voir la violence en eux.

Si c'était elle, la véritable héroïne de cette histoire ?

Elle ferait, alors, sans le moindre doute, une excellente victime expiatoire.


Mon avis : Ce roman se découpe en trois parties, dans lesquels trois femmes, liées, nous livrent leurs pensées intimes. On suit dans les deux premières parties Tamara puis Aimée, qui se débattent, à la recherche de leur liberté, à la recherche de l'amour. Ces femmes étant liées, j'ai beaucoup apprécié de connaître la suite de leur histoire, racontée par une narratrice différente, avec un regard différent sur cette situation.
La plume de Claire Castillon est acide, crue, déstabilisante. Elle nous plonge au cœur de ce tourbillon d'émotions, au milieu de la folie, de la rage, de la solitude... Cependant, si je me suis vite habituée à la plume de l'auteur, son style "parlé" m'a beaucoup dérangé au début. Elle dépeint un sexe faible, perdu mais luttant toujours. La guerre des sexes n'est pas un sujet qui m'intéresse énormément, mais la façon dont ce thème est traité dans Les pêchers m'a conquise grâce à ce regard totalement subjectif, à ce trop plein de sensibilité. 
La dernière partie concerne Esther, petite fille que l'on découvre par les regards de celles qui l'ont élevée. Mais lorsqu'elle raconte elle-même ses pensées, j'ai eu l'impression d'avoir un autre personnage sous les yeux. Abandonnée, à la recherche d'attention, elle devient le réceptacle des angoisses des adultes, de leur violence. Cette partie m'a beaucoup émue, mais aussi énormément dérangée justement à cause de toute la violence que cette enfant subit, tout en restant muette.

En bref, un texte bouleversant, acerbe, qui ne laisse pas indifférent.




"J'ai envie de rigoler, je me retiens, je sens la lumière au bout du couloir, c'est l'appel de la liberté, la porte qui s'ouvre sur un vent froid."
Les pêchers

samedi 27 août 2016

Neuroland

Sébastien Bohler
Editions Robert Laffont
EAN : 9782221144756

sorti le 19 mars 2015
langue française
615 pages


Résumé : La plus efficace des tortures est indolore.

Châtelet, gare de Lyon, Champs-Elysées. Trois attentats au cœur de Paris éventrent la capitale. Bilan : 53 morts.
Quelques heures plus tôt, le cerveau des attentats, un jeune djihadiste formé en Afghanistan, a été arrêté par la police. Protégé par le droit français, il s'est muré dans le silence. Pourquoi n'a-t-on pas su le faire parler ?
Saclay, région parisienne. Neuroland est un centre de recherches, le plus performant d'Europe. Deux jeunes chercheurs y travaillent à un projet révolutionnaire : un scanner superpuissant permettant de décoder les activités du cerveau.
Demain, on pourra lire dans les pensées.
Plus que jamais, celui qui possédera la connaissance possédera le pouvoir.

Mon avis : Ce thriller traite d'un débat du moment (bien qu'il ait été écrit antérieurement aux attentats) ; jusqu'où le gouvernement peut-il aller au nom de la sécurité ? Si le thème principal du livre est bien celui-ci, le sujet du terrorisme ne sert que d'excuse pour poser les bases de l'intrigue.
J'ai beaucoup aimé ce livre, le scénario mélange principalement sciences "dures", politique et violence tout en restant cohérent. Bien que je ne m'y connaisse absolument pas en sciences, les parties sur la neurologie m'ont beaucoup intéressée. Bohler est spécialiste en neurosciences avant d'être écrivain, mais ses explications restent assez claires en général ce qui rend la lecture agréable. Et ce parti d'utiliser la science comme un outil politique rappelle que beaucoup d'armes ont été créées par des scientifiques et qu'il est important d'avoir conscience des risques de certaines découvertes...
On suit dans ce roman plusieurs personnages qu'il serait possible de décrire comme "un psychopathe et ses victimes". De ce point de vue aussi, le roman m'a beaucoup plu ; d'un côté, un homme prêt à tout, charismatique et totalement abject et de l'autre des personnages ayant eu le malheur de lui déplaire, conscients ou pas de leurs situations, et qui depuis se débattent pour rompre les chaînes du destin qu'il leur a forgé. La plupart des personnages m'ont touchée, que ce soit par leurs qualités ou leurs défauts, je regrette seulement que l'on n'ait pas plus d'informations sur l'enfance du psychopathe en question.

En bref, un livre qui pousse à la réflexion, cohérent. Le début est un peu long, mais en s'accrochant on le dévore par la suite.




"-Si cette hypothèse est vérifiée, les conséquences peuvent être extrêmement graves. Il nous faut des preuves. Ces preuves,Milton, c'est vous qui allez les trouver."
                         Neuroland

lundi 15 août 2016

Chants du cauchemar et de la nuit

Thomas Ligotti
Dystopia Workshop
EAN : 9791091146135

sorti le 20 octobre 2014
langue française
241 pages


Résumé : Ce recueil regroupe onze nouvelles de Thomas Ligotti. Son style, mélangeant horreur et fantastique, se rapproche de ceux de Poe et de Lovecraft qui l'ont beaucoup inspiré. Bien que très célèbre dans les pays anglo-saxons, il aura fallu attendre 2014 pour qu'un premier recueil de ses nouvelles sorte en France.

Mon avis : Malgré des thèmes similaires, ces onze nouvelles sont très différentes les unes des autres ; on trouve tous les points de vues narratifs (externes, omniscients, internes), l'épistolaire côtoie le récit ainsi que bien d'autres genres. Je trouve cette diversité de textes très intéressante car elle offre un rapport complètement différent au lecteur pour chacune des nouvelles et qu'elle permet en plus d'avoir une vision globale du travail de Thomas Ligotti.
En ce qui concerne l'écriture de Thomas Ligotti, elle est très détaillée, tout en restant raffinée, avec beaucoup de descriptions relatives aux sens, cependant elle n'est pas aisée. Je pense que c'est cette combinaison d'éléments qui réussit à créer une certaine atmosphère tout au long du livre, que ça soit un malaise pendant quelques unes des nouvelles ou une impression de sortie brutale d'un cocon protecteur qui nous berçait jusque là de douces illusions. Cependant, malgré toute la richesse narrative et les idées originales de Thomas Ligotti, j'ai trouvé la fin de certaines nouvelles décevantes, avec une impression de manque.

En bref, onze nouvelles choquantes, grâce à une plume redoutable par son originalité et sa technique et une philosophie à la fois réaliste et pessimiste dans laquelle la vie est inutile et dénuée de sens.





"Il avait pourtant, dans certains livres, découvert des passages qui se rapprochaient de cet idéal, suggérant au lecteur que les pages qu'il avait sous les yeux allaient lui proposer une vision venue du gouffre et jeter une lueur hésitante sur de lugubres hallucinations."
Vastarien